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manceron_jpgL'historien français spécialiste du colonialisme  français, Gilles Manceron, a estimé que la reconnaissance par la France des  crimes coloniaux est une "étape indispensable pour avancer dans les relations  entre les deux pays".

"C’est en tout cas une étape indispensable pour avancer dans les relations  entre les deux pays. Comme c’est aussi une nécessité dans la société française  pour mettre fin à cette résurgence de l’esprit colonial qui est une des racines  de l’extrême droite", a précisé Manceron dans un entretien accordé,  à l'occasion de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie.

Ce journaliste et historien, auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre  d'Algérie, a également recommandé de "développer" les études historiques dans  les deux pays, en remettant en cause, a-t-il précisé, "toutes les instrumentalisations  de l’histoire et les histoires officielles".

Il a appelé en outre à "mieux faire" connaître ces travaux historiques,  faisant observer que "les populations et en particulier les jeunesses des deux  pays connaissent mal les travaux des historiens et tout ce qu’ils montrent de  la complexité de ce passé".

Le nouveau pouvoir en France appelé à prendre des positions   claires sur la période coloniale   Enchaînant sur le présent et l'élection du nouveau président français  (François Hollande), qui marque le retour des socialistes au pouvoir, il a estimé  qu'avec "le renouvellement inévitable des générations, des remises en cause  deviennent davantage possibles".

En ce sens et à propos du parti socialiste (PS) d'aujourd'hui, qui  n'est pas du "même moule" pro-colonial que l'ex-SFIO (Section française de l'internationale  ouvrière, 1905-1969), M. Manceron a soutenu que c’est toute la société française  et toutes ses forces politiques qui ont été en partie "façonnées par le moule  colonial, qu’il s’agisse de la droite ou de la gauche".

"Le fait colonial dépasse le rôle de telle ou telle personnalité ou  de tel ou tel parti politique", a ainsi expliqué l'historien, soulignant dans  ce sens que "les nouveaux gouvernants français n’ont pas vécu la période  de la colonisation et de la guerre d’Algérie, ou étaient très jeunes à cette  époque, ce qui fait qu’ils ont moins été façonnés par les mythes coloniaux et  sont davantage enclins à prendre leurs distances avec cette époque du passé".

"Je souhaite qu’ils fassent preuve de courage et de lucidité et prennent  des positions claires sur la période coloniale", a encore lancé M. Manceron  qui a plaidé pour la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux,  notamment les massacres du 8-Mai 1945 en Algérie.

Les réalisations de l'Algérie en 50 ans suscitent de l’admiration. A une question sur les réalisations de l'Algérie, tous secteurs confondus,  en seulement 50 ans d'indépendance, il a indiqué que certains aspects du développement  de l’Algérie durant cette période suscitent de "l’admiration".

Toutefois il a relevé que le pays a aussi rencontré des "limites" et  des "difficultés" ayant aussi été utilisées par les "nostalgiques" de la période  coloniale pour "chanter les louanges de cette période en faisant l’impasse sur  toutes les inégalités et les injustices sur lesquelles elle était fondée", a  ajouté M. Manceron.

"Je fais partie de ceux qui combattent ces mythes et qui tentent de  rétablir les faits en montrant la légitimité et les succès de l’indépendance  algérienne", a-t-il encore commenté . "Je crois aussi que le système autoritaire fondé sur le parti unique  en Algérie jusqu’à la crise d’octobre 1988, puis les difficultés du pays à reconnaître  une véritable autonomie de la société civile (dans le domaine de la presse,  des partis politiques, des associations, des syndicats, etc.), ont contribué  à nuancer la perception de l’Algérie indépendante à l’extérieur du pays", a  souligné cet ancien président de la Ligue des droits de l'homme en France.

Il a ainsi mis en valeur les "évolutions" qui se font jour, citant notamment  certains aspects des rencontres et colloques qui ont lieu à l’occasion de la  célébration du cinquantenaire de l'indépendance.

Pour cet historien, de nombreux signes montrent aussi que les nouvelles  générations éprouvent un besoin très profond de changements dans ces domaines.