Comment mieux partager les ressources en eau potable auxquelles près de 800 millions de personnes n'a toujours pas accès ? Des milliers d'acteurs économiques, élus, militants se retrouvent lundi à Marseille au 6ème Forum mondial de l'eau pour esquisser des réponses.
L'objectif du rendez-vous triennal, qui se tiendra du 12 au 17 mars, est de drainer une large affluence internationale, « afin de servir de caisse de résonance pour promouvoir la cause de l'eau dans les agendas des décideurs », explique Guy Fradin, vice-président du Forum et gouverneur du Conseil mondial de l'eau, l'institution organisatrice.
Quelque 20.000 participants de 140 pays sont annoncés, institutions, entreprises, associations, mais aussi, pour l'inauguration lundi, une dizaine de chefs d'Etat et de gouvernement.
« Le Forum pousse les gouvernements à parler d'eau entre eux, car c'est un sujet très peu évoqué dans les réunions des instances de l'Onu », explique à Gérard Payen, conseiller pour l'Eau du Secrétaire général de l'Onu (UNSGAB).
Selon les derniers chiffres de l'OMS et de l'UNICEF, à la fin 2010, 89% de la population mondiale, soit 6,1 milliards de personnes, avaient accès à des sources améliorées d'eau potable, soit plus que l'objectif du millénaire (88%) fixé pour 2015.
Alors que les précédents forums se focalisaient sur les problèmes, celui-ci promet « des solutions concrètes » pour remédier à ce constat.
En 2009, le Forum d'Istanbul n'avait pas réussi à inclure dans sa déclaration finale la notion de « droit » à l'accès à l'eau potable et à l'assainissement. Celui-ci a depuis été reconnu en 2010 par l'Onu.
Sujet de désaccord constant : la question du partage de l'eau, enjeu de souveraineté des Etats, alors que 15% des pays dépendent à 50% d'une eau venue de l'extérieur.
« Ce point sera soutenu fortement par la France, mais c'est un sujet difficile pour beaucoup d'Etats », poursuit M. Fradin. « On verra ce qu'on peut en sortir, il faut faire progresser les mécanismes de gestion collective ».
Affichant leur scepticisme, une centaine d'ONG réuniront un « Forum alternatif » avec 2.000 représentants de la société civile d'Espagne, Allemagne, Etats-Unis, d'Amérique du sud, d'Afrique.
Celles-ci accusent le Conseil de l'eau d' »être le porte-voix des entreprises multinationales et de la Banque mondiale », et réclament une gestion publique, écologique et citoyenne de l'eau et une distribution équitable.
« Le forum alternatif dénonce une marchandisation de l'eau, objecte M. Fradin. Mais personne ne défend cela. Le débat a été tranché : la compétence en matière d'eau et d'assainissement doit être publique ».