« Une fois les capsules de cocaïne ingérées, le temps presse », explique un policier Péruvien. Et s'agissant de vols transatlantiques de 12 ou 13 heures, « c'est le risque de surdose à tout moment ».
Chaque semaine, des vols du Pérou ou de Bolivie, pays pourvoyeurs de cocaïne, transportent vers l'Europe des « mules » qui font le pari risqué de passer de la drogue, dissimulée sur eux ou en eux.
Fin janvier à Lima, deux jeunes Français étaient arrêtés au moment d'embarquer sur un vol pour Amsterdam avec respectivement 19 et 32 ovules de cocaïne dans l'estomac. Un troisième allait embarquer sur un vol pour Paris avec 1,2 kg de cocaïne cachés dans du shampoing et de la crème.
Quelques jours plus tôt, un Australien avait eu moins de « chance ». Une des 23 capsules de cocaïne liquide qu'il avait avalées s'est percée à bord. Sorti de l'avion pour de terribles douleurs à l'estomac, il est décédé à l'aéroport.
En 2011, 350 « mules » ont été arrêtées au seul aéroport Jorge Chavez de Lima, dont près de 200 étrangers, 480 l'année précédente dont 320 étrangers, selon la police. Au total environ 1.100 étrangers dont 300 Espagnols, sont détenus au Pérou, pour 90% d'entre eux pour trafic de drogue.
« Cela nous préoccupe énormément. Les prisons du Pérou sont pleines de «mules », des jeunes », explique la chef de la lutte anti-drogue, Carmen Masias. « Le phénomène a augmenté au cours des cinq dernières années, avec des passeurs venant de pays inédits, illustrant les nouvelles routes du trafic, comme l'Afrique ».
Pour ceux arrêtés ou qui meurent, combien parviennent à passer ? « Difficile à dire », indique une source policière. Mais il n'est pas rare qu'un même vol compte plusieurs mules, avec à bord un « superviseur », parfois porteur lui aussi.
« Ce que les « mules » ne réalisent pas, c'est qu'ils sont parfois sacrifiés, vendus. « L'histoire de base, ce sont des gars qui en Europe n'avaient pas d'argent, se sont retrouvés à la rue, et auxquels un type est venu proposer 3.000, 5.000 euros pour faire un aller-retour », explique Damian, un ex-passeur.
« On choisit rarement d'être « mule ». Le plus souvent c'est une victime, quelqu'un pris à la gorge », appuie une source policière.