Les opérations de vote pour le compte du premier tour de l’élection présidentielle ont débuté dimanche en France métropolitaine sur fond d’un risque d’une forte abstention, des observateurs l’estimant entre 22 et 30 %.
Selon des instituts de sondage, un quart des électeurs pourraient être tentés de s'abstenir au premier tour de la présidentielle, un risque d'abstention élevée qui confirmerait une tendance générale qui, par le passé, était surtout valable pour les élections locales et régionales. Ces instituts prévoient en effet un taux d'abstention de 22 à 30%, contre 16%, il y a cinq ans, mais 28,40% en 2002, année où les résultats du premier tour de la présidentielle avaient créé la surprise avec l'accès de Jean-Marie Le Pen, ex-président du Front National, au second tour et l'échec de Lionel Jospin (PS).
Selon Frédéric Dabi de l'Institut français d'opinion publique (Ifop), le scrutin présidentiel de cette année risque de s'inscrire dans un ½ mouvement de baisse continue » de la participation observé au cours du quinquennat. Tous les scrutins organisés depuis 2007 ont enregistré des abstentions record. L’abstention a été de 38,95% aux municipales de 2008, de 59,37% aux européennes de 2009. Aux régionales de 2010, le taux d'abstention a été de 53,6% et aux cantonales de 2011 de 55,68%. Parmi les raisons de cette abstention redoutée, des spécialistes dans les sondages d’opinion signalent le poids de la crise, l’économie française étant en récession depuis décembre 2011, ainsi qu’une campagne électorale jugée terne.
Pour Jérôme Fourquet de l'Ifop, c'est dans les régions en crise que l'abstention risque d'être la plus forte. Il citera Paris et les départements limitrophes, ainsi que les régions industrielles confrontées à une montée du chômage, comme la Picardie ou les Ardennes. Par comparaison, les régions les plus affectées par la crise pourraient massivement ½ oublier » d'aller voter, a-t-il opiné. L’autre raison invoquée pour expliquer cette tendance abstentionniste c’est la coïncidence de cette élection présidentielle avec les vacances de Pâques. Les trois zones sont en congés scolaires depuis le 22 avril, jour du premier tour, et la reprise de la zone B (académies d'Aix-Marseille, Amiens, Besançon, Dijon, Lille, Limoges, Nice, Orléans-Tours, Poitiers, Reims, Rouen, Strasbourg) aura lieu le 7 mai, au lendemain du second tour. Ces congés font craindre aux politiques une abstention massive.
Contrairement aux autres échéances électorales (locales, régionales), seule la présidentielle a échappé à cette tendance : alors que l'abstention à cette élection avait, elle aussi, augmenté au cours des vingt années précédentes, elle retomba en 2007 à un niveau proche de ceux enregistrés dans les deux premières décennies de la Ve République : 16,2 %. Seuls les premiers tours de 1965 et de 1974 avaient davantage mobilisé les électeurs : 15,2 % d'abstention dans le premier cas, 15,8 % dans le second. Selon les observateurs, si l'abstention, dimanche, se situait sous la barre des 20 %, alors se confirmerait l'idée d'une sorte d'"exceptionnalité" de l'élection présidentielle. Quelque 44,5 millions d’électeurs français sont appelés à voter pour le premier tour de la présidentielle. Le socialiste François Hollande est donné favori des dix candidats devant le président sortant Nicolas Sarkozy.