Tués ou disparus, leur nombre ne cesse d’augmenter depuis le déclenchement de la guerre en Libye. Après le caméraman d'al-Jazeera, Ali Hassan Al Jaber, tué le 12 mars dans une embuscade près de Benghazi c’est au tour des photoreporters Tim Hetherington (britannique) et Chris Hondros (américain) de trouver la mort dans une guerre qui n'est pas la leur, mercredi dans la ville de Misrata. Alors que le cameraman koweitien Al Jaber était la cible d’une embuscade tendue par les rebelles à Benghazi pendant le tournage d’un reportage, les deux hommes (Tim et Chris) se trouvaient dans un groupe qui a été atteint par des tirs de mortier rue de Tripoli, l'artère principale de la ville que se disputent les insurgés et les forces gouvernementales de Kadhafi. «Tout était calme et nous tentions de nous retirer quand un obus de mortier est arrivé. Nous avons entendu des explosions», a témoigné le photographe espagnol Guillermo Cervera, un des photosreporters « partis en chasse de scoops et d’images » à la Jamahiria.
Si Hassen Al Jaber avait succombé à ses blessures dans l’hopital de Benghazi, la mort de Tim Hetherington a rapidement été annoncée par les docteurs de l'hôpital de Misrata et confirmée par sa famille. Blessé à la tête, Chris Hondros est décédé quelques heures plus tard.


Même combat
Tout comme le cameraman d’Al jazeera qui a couvet les deux guerres du golfe et l’invasion de son pays natal par les forces de Saddam, Tim Hetherington (41 ans) avait couvert de nombreux conflits au cours des dix dernières années. Ses images lui avaient rapporté plusieurs prix, notamment le World Press Photo Award, en 2007, pour ses photos des soldats américains en Afghanistan. Il avait par la suite réalisé sur ce sujet le documentaire «Restrepo», nominé aux Oscars. Il se trouvait en Libye pour le magazine Vanity Fair.
Chris Hondros, également âgé de 41 ans, travaillait pour l'agence Getty. Mercredi encore, une photo qu'il avait réalisée faisait la Une du Washington Post. On y voit un fossoyeur en train de creuser une tombe dans un cimetière de Misrata. Le photographe avait notamment couvert les conflits du Kosovo, de l'Angola, de la Sierra Leone, de l'Afghanistan ou d'Irak. Sélectionné pour le prix Pulitzer pour son travail au Liberia, il avait remporté en 2005 la médaille d'Or Robert Capa pour son «courage et son initiative exceptionnels» en Irak. «Tout au long de sa remarquable carrière, Chris n'a jamais fui la ligne de front lorsqu'il couvrait les grands conflits dans le monde, et son travail en Libye ne faisait pas exception», a déclaré Getty dans un communiqué jeudi.
Plusieurs autres journalistes ont disparu
La liste est longue si l’on compte les journalistes et photographes capturés par un camp ou un autre et internés plus ou moins discrètement. Hassan Zitouni et son les membres de son équipe qui travaille pour le compte de mbc a aussi gouté des affres de la guerre fratricide en Libye. Autorisé puis pris au piège quand il avançait vers la ligne de front entre loyalistes et rebelle sur les frontières de Benghazi, le journaliste algérien fut interné en compagnie de ses deux collègue dans une prison à Ajdabiya avant d’être transféré vers une prison de Tripoli pour être libéré ensuite sans ses compagnons qui sont toujours en prisons libyenne.
Deux autres photographes ont été blessés par le tir de mortier mercredi : le Britannique Guy Martin, photographe freelance travaillant pour l'agence Panos, et l'Américain Michael Brown, qui travaille pour Corbis. Le drame met en évidence le danger de ce conflit pour la presse. Un autre journaliste de la chaîne de télévision officielle avait alors été blessé.
Par ailleurs, plusieurs grands médias internationaux avaient interdit à leurs reporters de se rendre à Misrata en raison des risques trop importants, avant d'alléger leurs restrictions. Des dizaines de journalistes sont arrivés mercredi après-midi par bateau de Benghazi, fief de la rébellion à l'est.
Des disparitions toujours énigmatiques
Il y a aussi les disparitions. Le sort d'un journaliste britannique d'al-Jazeera Internationale, Kamel Ataloua, demeure injoignable depuis qu'il a été arrêté le 7 mars dans l'ouest du pays. Le 4 avril quatre autres journalistes, deux Américains, un Espagnol et un Sud-Africain, ont disparu. Le gouvernement libyen a affirmé qu'ils étaient détenus et seraient libérés, mais la Maison-Blanche a déclaré mardi que les Américains étaient «très inquiets» à leur sujet. Le porte-parole du Conseil national de transition (CNT, Abdelhafiz Ghoqa, a enfin indiqué mercredi que six journalistes libyens étaient aussi entre les mains de Kadhafi.
Radionet-algérie avec agences