Le sort du Parlement Egyptien était dans le flou juridique aujourd’hui, l'épreuve de force opposant le président issu des Frères Musulmans, les les militaires et la justice entraînant une crise institutionnelle dix jours après l'investiture du premier chef d'Etat élu depuis l’éviction de Moubarak.
« La bataille pour le pouvoir se joue autour de l'appareil judiciaire », écrit aujourd’hui le quotidien indépendant Al-Watan, tandis que le journal Al-Shorouk, indépendant également, titre en Une « la lutte pour le pouvoir se joue dans les tribunaux ».
La Haute cour constitutionnelle (HCC), mise en place sous l’ancien régime, a contre-attaqué hier, en suspendant un décret du président Egyptien, Mohamed Morsi, qui avait ordonné le rétablissement du Parlement invalidé mi-juin par elle.
« La cour a ordonné la suspension du décret présidentiel » a indiqué une source judiciaire, ajoutant que celle-ci a aussi « ordonné que sa précédente décision déclarant le Parlement illégal, soit appliquée ».
Huit jours après sa prise de fonction, M. Morsi a annulé par décret la décision de la HCC qui avait invalidé le 14 juin le Parlement, dominé par les islamistes, « en raison d'un vice dans la loi électorale ».
L'Assemblée du peuple dissoute s'était réunie hier matin, en présence de députés des Frères Musulmans et des fondamentalistes salafistes. Des élus d'autres partis notamment libéraux ont boycotté la session, certains qualifiant le décret de M. Morsi de « coup d'Etat constitutionnel ».
Des milliers de personnes ont convergé hier soir, vers l'emblématique place Ettahrir au Caire, pour manifester leur soutien à M. Morsi et scander des slogans hostiles à l'armée, à qui Moubarak, chassé par la rue en février 2011, avait remis les rênes du pays.
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui s'est attribué le pouvoir législatif après la dissolution de l'Assemblée mi-juin, provoquant la colère de ceux qui veulent voir les militaires quitter la politique, a appelé lundi au respect de « la loi et de la Constitution ».
Pour l'écrivain Alaa Al-Aswany, « le message est clair : le président élu ne peut exercer le pouvoir sans les militaires ». « La Cour constitutionnelle, dont les juges ont été désignés par Moubarak, ont suspendu le décret présidentiel et rétabli le décret du maréchal », Hussein Tantaoui, chef du CSFA, commente-il.
Les Frères Musulmans, dont est issu M. Morsi, avaient accusé les militaires d'avoir orchestré la dissolution du Parlement pour s'adjuger le pouvoir législatif, dénonçant là un véritable « coup d'Etat ».